On a encore en tête ce matin où l’on a quitté Marrakech, le thé à la menthe à peine terminé. Il suffit d’une heure de route environ pour voir les palmeraies disparaître et la route commencer sa grimpée dans le Haut Atlas. Les virages en épingle s’enchaînent et les camions avancent au ralenti dans la côte. À chaque lacet, un vendeur vous fait signe derrière son stand de géodes et de cristaux. Une fois le col passé, cap à l’est : les kasbahs en terre crue surgissent au bord des oueds, la route plonge dans des gorges creusées par l’eau et, tout au bout, les dunes de l’Erg Chebbi vous attendent avec leur couleur orangée. Au total, comptez environ 560 kilomètres jusqu’à Merzouga. Tout dépend de la manière dont vous les découpez : bien répartis, ils font un vrai road trip. Avalés trop vite, ils tournent au marathon au volant.
Trois étapes jusqu’aux dunes : le bon tempo pour rejoindre le Sahara
Les agences locales qui font ce parcours toutes les semaines tablent sur huit à neuf heures de conduite pure, sans compter les pauses. Autant vous le dire franchement : le faire d’un seul coup n’a aucun intérêt. La plupart des voyageurs posent leurs valises une première fois à Aït Benhaddou, tout près de Ouarzazate. Il faut compter environ 4 heures de route depuis Marrakech et plutôt 4 h 30 avec les arrêts photo, une fois passé le Tizi n’Tichka. Là-haut, le panneau indique 2 260 mètres d’altitude. Pourtant, ce n’est pas ce chiffre qui nous a marqués : ce sont les virages vertigineux de la descente qu’on a pris au pas en se retournant sans arrêt pour regarder la vallée.

Pour le deuxième jour, on reprend la route vers l’est par la vallée du Dadès. Deux villes font d’excellentes étapes pour la nuit. Boumalne Dadès est idéale pour explorer les gorges du Dadès et leur fameuse route en lacets qui se tortille sur la paroi comme un ruban.

Tinghir est parfaite pour les gorges du Todra, ce canyon étroit où les falaises de roche rouge se dressent si près de la route qu’on a presque envie de les toucher depuis la fenêtre. Le troisième jour, direction Erfoud puis Merzouga. Notre conseil : partez assez tôt pour arriver avec encore plusieurs heures de lumière devant vous. Vous aurez ainsi le temps de vous installer et de voir les dunes changer de couleur en fin de journée.
Bien sûr, il est possible de faire l’aller en deux nuits seulement. Sauf qu’au Maroc, les imprévus ne manquent pas : un pneu crevé, un tajine qu’on savoure un peu trop longtemps sur une terrasse, une portion de route en travaux. Et vous voilà à Merzouga en pleine nuit, sans rien voir des dunes. Croyez-nous, ce n’est pas comme ça qu’on veut faire sa première rencontre avec le Sahara. C’est pour cette raison qu’on vous conseille vraiment la troisième nuit.

Prendre le volant au Maroc : nos conseils pour une route sans mauvaise surprise
Bonne nouvelle pour commencer : au Maroc, on roule à droite comme en France. Les routes principales du parcours sont goudronnées et plutôt bien entretenues. Ce qui demande de l’attention, ce n’est donc pas la chaussée mais tout ce qui l’entoure. Un troupeau de chèvres qui traverse sans prévenir, une charrette tirée par un âne qui surgit d’un sentier, un grand taxi qui pile net pour faire monter quelqu’un : on a tout vécu dès la première matinée ! Les contrôles de police et les radars sont aussi très nombreux à l’approche des villes. Ralentissez donc bien avant le panneau d’entrée. Une fois la nuit tombée, il n’y a pratiquement aucun éclairage. On vous recommande vraiment de rouler de jour, surtout sur les routes de montagne.

Côté carburant, pas d’inquiétude : chaque ville du parcours a sa station-service. Prenez quand même l’habitude de faire le plein dès que la jauge passe sous la moitié. Entre deux villes, il peut y avoir de longs kilomètres de vide et on ne vous souhaite pas de finir à pied au milieu des cailloux ! En hiver, en gros de décembre à février et parfois un peu avant ou après, la neige peut bloquer le Tizi n’Tichka du jour au lendemain. La veille du départ, prenez le temps de consulter les infos routières officielles ou un média local sérieux. Demandez aussi l’avis du personnel de votre hôtel qui est souvent le mieux informé. Enfin, prévoyez un jour de battement dans votre planning : si le col est fermé, vous ne serez pas pris de court.
Internet et GPS au Maroc : comment garder le cap même sans réseau
Dans les grandes villes comme Marrakech ou Ouarzazate, le réseau mobile fonctionne plutôt bien, avec quelques coupures de temps en temps. Les choses se compliquent dès qu’on s’en éloigne. Au fond d’une gorge, au sommet du col ou en plein erg, on a souvent vu nos barres de réseau tomber à zéro. Notre réflexe avant chaque départ : télécharger tout le trajet en mode hors ligne. Google Maps permet d’enregistrer des régions complètes. On utilise aussi Organic Maps, une appli basée sur OpenStreetMap qui repère souvent mieux les petites pistes et les villages isolés absents de Google. Tant que vous avez encore du réseau, pensez à enregistrer l’adresse de chaque hébergement et à faire une capture d’écran de vos réservations. Sans connexion, vous serez bien contents de les avoir sous la main !
Même avec des cartes hors ligne, avoir Internet sur la route reste très pratique. On a dû par exemple prévenir notre riad qu’on arriverait bien plus tard que prévu et on a vérifié plusieurs fois si le col était ouvert. Attention : le Maroc ne fait pas partie de l’Union européenne donc votre forfait français ne s’y applique pas comme en Europe. Une semaine de hors forfait peut vite faire grimper la facture ! C’est pour ça qu’on vous conseille de passer par une connexion locale. De notre côté, on a opté pour la Holafly Maroc eSIM. C’est une offre 100% data qui utilise les réseaux des opérateurs marocains. Vous l’installez chez vous avant le départ puis elle s’active dès votre arrivée au Maroc. Seule condition : votre smartphone doit être compatible eSIM et désimlocké. Holafly le reconnaît d’ailleurs lui-même : dans le désert et en montagne, le signal peut être faible ou intermittent. Gardez donc toujours vos cartes hors ligne à portée de main !
Erg Chebbi ou Erg Chigaga : nos conseils pour choisir votre coin de Sahara
Vous avez loué une voiture ? Alors c’est l’Erg Chebbi qu’il vous faut, sans hésiter. Les dunes commencent juste derrière les hôtels de Merzouga, au point qu’on a eu l’impression de pouvoir y aller en chaussons ! Les plus hautes atteignent près de 150 mètres. En général, on gare la voiture à l’hôtel et on rejoint son campement soit à dos de dromadaire, soit en 4×4. Pour le choix du camp, soyez attentifs car les écarts sont énormes. Certains proposent de simples tentes avec des sanitaires communs. D’autres ressemblent à de véritables chambres d’hôtel de luxe posées sur le sable. Le problème, c’est qu’on fait rarement la différence sur les photos ! Notre conseil : lisez les avis récents et demandez à l’hébergeur ce qui est vraiment compris avant de réserver.
Vous rêvez de solitude et de grands espaces ? Direction l’Erg Chigaga, au sud-ouest du pays, plus loin encore que M’Hamid. Ici, les dunes sont bien plus sauvages. Le hic, c’est qu’il faut pouvoir y arriver. Les derniers kilomètres se font sur une piste de sable et de cailloux, uniquement praticable en 4×4. Et soyons honnêtes : mieux vaut laisser le volant à un chauffeur local qui connaît le terrain par cœur. Si vous avez quelques jours de plus et le budget qui va avec, c’est une très belle option en plus de votre itinéraire. Par contre, pour un premier voyage avec une voiture de location classique, on vous conseille de rester sur l’Erg Chebbi, bien plus simple d’accès.

Printemps, été, hiver ou ramadan : choisir le bon moment pour votre road trip
Si vous pouvez choisir vos dates, partez au printemps ou à l’automne : ce sont les saisons les plus simples. Le Tizi n’Tichka est presque toujours ouvert. Dans les dunes, l’après-midi est chaud mais supportable. Le soir au campement, un simple pull suffit pour profiter du ciel étoilé autour du feu. C’est d’ailleurs en octobre qu’on a fait notre premier voyage dans le désert et on ne l’a pas regretté.
En été, c’est une autre histoire. L’après-midi, le désert devient une vraie fournaise. Les balades à dos de dromadaire se font donc au lever et au coucher du soleil et on passe les heures les plus chaudes à l’ombre, avec un thé à la main. En hiver, c’est l’inverse. Les journées sont souvent ensoleillées et très agréables. Les nuits au campement, en revanche, sont glaciales avec des températures proches de zéro. Pensez aussi que les journées sont plus courtes : vous aurez moins d’heures de lumière pour rouler. Quelle que soit la saison, le vent peut se lever et faire voler le sable. Glissez un foulard et des lunettes de soleil dans votre sac : on a vite compris pourquoi les habitants se couvrent le visage !
Autre point à vérifier avant de réserver : les dates du ramadan. En 2027, il devrait avoir lieu de début février à début mars environ. Les dates exactes dépendent de l’observation de la lune et ne sont confirmées qu’au dernier moment. Pas de panique, voyager pendant le ramadan est tout à fait possible et c’est même une belle occasion de découvrir l’ambiance des soirées quand les familles se retrouvent pour rompre le jeûne. Sachez simplement que dans les petites villes, beaucoup de cafés et de restaurants restent fermés en journée. Avant une longue étape, prévoyez de quoi grignoter, de l’eau dans la voiture et demandez à votre hôtel où vous pourrez manger le midi.
Retour à Marrakech ou cap sur Fès : bien prévoir la fin du road trip
On passe des heures à préparer l’aller et on oublie souvent de penser au retour. C’est pourtant là que la fatigue se fait sentir ! Après une nuit au campement, rejoindre Marrakech d’une seule traite représente à nouveau huit à neuf heures de volant. Notre conseil : faites une pause d’une nuit dans la vallée du Dadès ou à Ouarzazate pour couper le trajet en deux. Vous en profiterez pour redécouvrir la route sous un autre angle. En roulant vers l’ouest en fin de journée, les vallées prennent des teintes ocre et cuivrées qu’on n’avait pas du tout remarquées à l’aller.
Et si vous ne faisiez pas demi-tour ? Une autre option consiste à terminer votre road trip à Fès. La ville se trouve à environ 470 kilomètres au nord de Merzouga. La route remonte la vallée du Ziz, passe par Midelt puis traverse les forêts de cèdres autour d’Ifrane où l’on croise parfois des singes magots au bord de la route. Les agences locales comptent sept à huit heures de trajet. Pour ne pas tout faire en une fois, Midelt est une étape idéale pour dormir. Attention, cette option implique une location de voiture en aller simple. Demandez bien le montant des frais d’abandon (c’est-à-dire le supplément pour rendre le véhicule dans une autre ville que celle dans laquelle vous l’avez prise) au moment de la réservation car ils peuvent être élevés. Enfin, réservez votre hébergement à Fès avant même de quitter Marrakech : vous voyagerez l’esprit tranquille jusqu’au bout.
